Le manque de sommeil

Posted on août 3, 2008 by Boréale in Retours d'expérience, Sommeil polyphasique, Trouver son équilibre | 1 Comment

Quand on entend parler pour la première fois du sommeil polyphasique, on s’horrifie du nombre d’heures de sommeil de ces fous à lier : entre 2 et 5 heures de sommeil par jour, soit nettement moins que les 8 heures de sommeil d’un Homo Sapiens normalement constitué.

On comprend un peu mieux qu’un tel exploit soit possible sur plusieurs mois ou plusieurs années, quand on sait qu’il s’agit de « concentrer » le sommeil, en gardant le sommeil le plus réparateur, et en zappant tout ou partie du plus léger.

Mais ces considérations-là restent bien abstraites pour qui ne les a pas expérimentées, et les personnes qui restent hostiles à ces méthodes marginales gardent bien ancrées les convictions qu’on leur a apprises et qu’elles se sont forgées par « l’expérience » : ces dormeurs polyphasiques doivent manquer de sommeil. Ca peut varier un peu, mais globalement, tout le monde sait bien qu’on est fatigué quand on ne dort « pas assez » : la qualité d’une nuit de sommeil se calcule d’abord en quantité, en nombre d’heures passées les yeux fermés, et ne fait intervenir la qualité proprement dite du sommeil qu’à la marge.

Manquant manifestement de sommeil, ces dormeurs polyphasiques doivent s’abîmer la santé : les conséquences néfastes du manque de sommeil, sur le physique et le mental des insomniaques en particulier, est connu et très documenté, et donc ces méthodes de sommeil barbares doivent être condamnées.


Pourtant, les témoignages des dormeurs polyphasiques de longue date convergent tous dans le même sens : « Avant, j’étais fatigué en fin de journée », « je ne sais plus ce que c’est que la fatigue », « j’ai plus de pêche qu’avant », « si je suis fatigué, c’est que c’est l’heure de la sieste. »
Pour des gens qu’on annoncait sur les rotules, ils ont la forme.
D’ailleurs, l’expérience de tout un chacun nous apprend aussi qu’on peut être groggy d’avoir trop dormi. Qu’il arrive aussi qu’on sorte d’une nuit très courte avec le sentiment d’avoir suffisamment dormi. Bref, s’en remettre à la quantité de sommeil pour juger d’un manque éventuel, c’est un raccourci tellement brutal qu’il en devient complètement faux.

Si on suit ce principe, les dormeurs polyphasiques devraient faire la grasse matinée tous les week-ends pour récupérer. Ah oui c’est vrai, les dormeurs de la méthode dure en particulier se permettent une très longue nuit de sommeil de temps en temps… en général une fois tous les 2 à 6 mois.

Non, les dormeurs polyphasiques ne manquent pas de sommeil. Le nombre d’heures dormies peut le laisser penser. La privation de sommeil de la période d’adaptation, si cruelle pour certains, peut le laisser penser. Mais passée cette période d’adaptation, il en va tout autrement, et ces rythmes de sommeil seraient intenables si ce n’était pas le cas. (Par contre, il suffit de casser le rythme, de sauter une sieste ou de dormir une nuit ou deux ordinaires pour que la fatigue reprenne brutalement ses droits).

A la rigueur, les dormeurs de la méthode dure, qui zappent totalement le sommeil léger, courent peut-être des risques liés à cette absence. Mais curieusement, ce sont eux qui parmi les dormeurs polyphasiques déclarent avoir le plus d’énergie. S’il y a des manques, ce ne sont pas ceux que l’on associe à l’état de fatigue.

Par contre, les dormeurs polyphasiques semblent être à l’abri des très nombreux problèmes physiques que la fatigue entraîne : manque de vigilance au travail ou sur la route, facteur aggravant de l’hypertension artérielle, de l’artériosclérose, du diabète et de l’obésité, dépression, irritabilité….

Il n’est pas impossible qu’ils souffrent d’autres maux, mais de ceux-là, non. Et ça, c’est déjà énorme. En troquant mes nuits d’insomnie contre un sommeil réparateur et contre le bonheur presque inconnu de s’endormir très vite, je ne pense pas avoir perdu au change.

Et même, curieusement, après une semaine de nuits de 3 heures et de siestes de 20 mn, je me demande même si le sommeil léger n’est pas néfaste. Comme s’il était de trop : mes plus grandes fatigues (en cette période d’adaptation) se manifestent quand je me réveille après 3 heures de sommeil : je me sens groggy comme après une trop longue nuit, lourde comme après un repas trop copieux… et je pense que j’irais mieux si je coupais la nuit en deux… Dormir la nuit, vivre le jour !? Mais c’est un truc de déséquilibré ça, Madame ! ;-)

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