Je poursuis actuellement mon rythme de sommeil polyphasique tant bien que mal. J’essaie de garder intactes la nuit de 3 heures et les 3 siestes en journée, mais cette nouvelle habitude, si différente du rythme ordinaire, se heurte à bien des écueils : éléments extérieurs que je maîtrise peu ou pas du tout : des soirées entre amis que je ne veux pas interrompre, ou de grosses journées de travail, commençant tôt finissant tard, pendant lesquelles je ne réussis à conserver que la sieste de midi -dans des conditions moyennes- et qui me laissent si peu de temps libre que je suis bien obligée de faire des nuits entières (c’est-à-dire de 5 heures en l’occurrence) si je ne veux pas m’effondrer.
Jusqu’ici ces interruptions du nouveau rythme de sommeil n’ont pas duré plus de 3 jours d’affilée. Par contre, le rythme des jours suivants est éminemment bordélique : siestes trop longues, trop courtes parfois, décalées, résistances…
C’est alors un autre écueil qui prend le relais. Un écueil personnel celui-là : puisqu’on a commencé, par nécessité, à prendre un peu de liberté avec la nouvelle habitude, on pense pouvoir continuer.On croit qu’elle est suffisamment ancrée désormais pour qu’on puisse être un peu moins strict.
Je prends ici l’exemple du sommeil, puisque je suis en plein changement, mais cet écueil peut se dresser face à toute nouvelle habitude qu’on tente d’installer : que ce soit par exemple le fait de faire du sport plusieurs fois par semaine,… d’arrêter de regarder la télé… ou encore de changer quelque chose à son alimentation, comme je l’expérimente actuellement parallèlement au changement de rythme de sommeil.
La peur nous la créons. Elle n’existe que dans notre tête. Un virus généré par notre cerveau lui-même, des connexions défaillantes, des embranchements erronés, et voilà que le virus se développe et le poison se distille dans tous les neurones, se répand dans tout le cerveau, le paralyse. Lui qui était si plein de ressources, le voilà nu. Sans force sans énergie sans courage. Perdu. Ce cerveau aux compétences jadis si aiguisées est présentement vide. Vidé de sa substance par la peur qu’il a, lui-même, généré.
Et qu’il continue de son propre chef à générer, se flinguant lui-même, s’observant de loin affligé et se répétant inlassablement qu’il n’est qu’un incapable, réduisant ainsi ses ressources déjà gravement atteintes à moins que rien.
Pensant à des circonstances où j’ai dompté ma peur, plein d’idées me viennent en tête : se lancer, arrêter de réfléchir ; vivre l’instant, ici et maintenant ; halluciner en imaginant sa peur comme un animal de compagnie un peu envahissant, certes, mais inoffensif…
Ces antidotes à la peur peuvent être efficaces dans certains cas. Mais souvent, ils paraissent d’autant plus abstraits que la peur se fait concrète : on ne les comprend vraiment, on n’arrive à les saisir qu’à partir du moment où on réussit à dépasser la peur. Lorsque j’essaie d’appliquer ces préceptes alors même que la peur me gouverne, ils se vident de leur substance, la potion magique ne fonctionne plus.
Il faut donc travailler à résorber sa peur en amont : travailler la peur elle-même pour la concevoir autrement, comme un moteur et non comme un frein. Travailler son corps et son esprit pour être plus solide lorsqu’elle se présente.
Quand je fais du Qi Gong, ou quand je médite, j’aime bien suivre mon feeling et inventer de nouveaux mouvements. D’ailleurs, je les fais sans m’en rendre vraiment compte au début : je sens que tel mouvement a sa place, maintenant, et je l’amorce. Et je suis le mouvement, sans savoir où il me mène, en sentant uniquement.
Je viens de découvrir un mouvement qui m’a fait un effet extraordinaire, que j’appelle ici « soulèvement de la conscience » parce que c’est exactement ça : c’était il y a une demi-heure, et depuis j’ai l’impression, comment dire… que ma conscience est collée au plafond, tout le haut de ma tête, la paroi du crâne est en ébullition, et non contente de s’élever ma conscience transpire à l’extérieur, elle se fout complètement de mes limites physiques : je la sens au-dessus des oreilles et au-dessus de ma tête….
?
A tous ceux qui se disent déjà : « Ca y est, elle a atteint le point de non-retour… », je réponds : Essayez donc !
Peut-être vous êtes-vous dit, à la lecture du premier article : « oui bon peut-être, je peux changer, j’évolue je sais bien, mais je ne réussirai jamais à atteindre tel but : il y a des choses intangibles :
« j’ai tel physique, objectivement j’aurai toujours un gros nez «
« je suis trop âgé(e), objectivement dans la société telle qu’elle est, je ne peux plus faire…. »
« je suis trop âgé(e), objectivement, physiquement, je ne peux plus faire…. »
« objectivement je n’aurai jamais ce talent… »
Bien. Et objectivement, quel est l’effet de ces phrases qu’on se ressasse ?
elles nous dépriment, là maintenant, aujourd’hui;
elles ne nous font pas avancer d’un iota. Au contraire même, elles nous immobilisent.
Par conséquent, pour une simple question d’efficacité, permettez-moi de les déborder.
En fait, quelle que soit leur validité, elles posent problème en focalisant toute notre attention sur l’objectif ultime. Au milieu,un fossé. D’un côté, cet objectif – généralement bien circonscrit -, et de l’autre, notre situation actuelle, pour nous montrer à quel point l’objectif nous est et nous sera à jamais inaccessible. Dans ce schéma, toute l’évolution possible de l’un à l’autre, tout le mécanisme, le processus du changement, sont passés sous silence. Niés, étouffés, invisibles et donc inexistants.
Et c’est bien là un état d’esprit qu’il faut écraser fermement si on souhaite un tant soit peu avancer.
Savoir qu’il y a des moments difficiles, des doutes et la déprime qui montre le bout de son nez… On le sait, on le sait dès le début… donc on ne tombe pas dans le panneau. Donc on ne se laisse pas embarquer par cette déprime toujours mauvaise conseillère. Donc on ne baisse pas les bras.
Ca fait partie du processus, on est comme en apnée, ce qui n’est pas forcément très agréable, mais on sait qu’on finira par sortir la tête de l’eau.
Choisir. Choisir de vivre autrement. Choisir de se comporter autrement. Choisir de se passer de quelque chose, de changer une habitude. Choisir de se transformer. Accepter l’idée de devenir, petit à petit, quelqu’un d’autre.
C’est possible.
Une petite voix en nous s’y oppose. Elle nous glisse à l’oreille : « mais moi je suis moi ! Je suis comme ça. J’ai toujours été comme ça. »
Comme un ami défaîtiste qui, la main sur notre épaule, regarderait dans la même direction que nous, au loin, ce changement si désirable, et ajouterait les épaules basses : « Oui c’est vrai, ce serait tellement bien si tu pouvais avoir telle qualité, moi aussi j’aimerais bien… Oui c’est vrai, ce serait bien si tu pouvais te comporter différemment dans telle circonstance, et changer cette habitude que tu as depuis si longtemps qui te mine l’existence… Tu voudrais vivre autrement, c’est bien, mais malheureusement… c’est comme si tu voulais être quelqu’un d’autre… »
Et d’essuyer avec nous une larme sur ce qu’on aurait voulu être et qu’on ne sera jamais.
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