Le regard des autres, un frein au changement

Posted on oct 6, 2008 by Boréale in Changer, Retours d'expérience | 2 Comments

 

Réfléchissant à l’importance, pour la réussite d’un changement volontaire profond de sa manière d’être ou de son rythme de vie,  de l’image qu’on se forme de soi-même, je me remémore cette histoire. Elle illustre le fait qu’au-delà de cette image de soi, l’image que les autres projettent sur nous pèse énormément, sans qu’on s’en rende compte, sur nos attitudes, sur nos réactions, sur le ton de notre voix, sur nos habitudes.

Il s’agit donc, pour réussir à changer définitivement, de modifier à la fois l’image qu’on se forme de soi, et l’image de soi projetée par nos proches…

Je serais très curieuse de savoir si vous avez vécu une expérience similaire. Si oui, comment avez-vous réagi ? Et aujourd’hui, pensez-vous être entravé dans les changements que vous souhaitez accomplir par l’image de vous que vos proches vous retournent ?

 

A 18 ans, j’ai été très frappée par le poids inconscient et pourtant démesuré de cette image : pendant les vacances d’été, je suis allée travailler dans un camping de la Côte d’Azur. Cette expérience m’a profondément transformée, d’abord parce que c’était la première fois que je quittais la maison familiale pendant 2 mois entiers (et c’était aussi 2 mois de salaire, pour la première fois au SMIC), ensuite parce que je découvrais une forme de vie en communauté avec les autres jeunes qui travaillaient sur la plage ; enfin parce que j’ai eu là-bas ma première relation sexuelle. 

De retour vers la maison familiale, je me sentais totalement transformée, et dès que j’y ai remis les pieds, j’ai trouvé qu’on me parlais d’une manière bizarre, qu’on me regardait d’une manière bizarre, qu’on anticipait mes réactions complètement de travers. Mes parents, mon frère et ma soeur parlaient à celle qu’ils avaient quittée 2 mois auparavant. Ils parlaient à une autre, qui n’était pas moi. 

Je trouvais ça extrêmement pénible, et j’eus la très désagréable surprise de m’entendre, fréquemment, leur répondre comme je leur aurais répondu 2 mois plus tôt. De me surprendre à avoir, fréquemment, des réactions qui désormais me paraissaient puériles. Fréquemment, et de plus en plus souvent : je sentais que je rentrais petit à petit, sous l’influence de leur image de moi, dans les souliers de la gamine que je pensais avoir quittée définitivement. Je me sentais retourner en arrière, je ne le voulais pas, je faisais tout mon possible pour contrer ce mouvement… mais rien à faire : ce regard figé était trop lourd, le lieu aussi – la maison familiale, bourrée de souvenirs et d’habitudes promptes à revenir -, et de l’autre côté le changement était sans doute encore trop fragile : je n’ai pas réussi à rester celle que j’étais devenue. Six mois plus tard, la vie de famille avait eu ma peau !

 

Cette expérience m’a profondément marquée : elle m’a fait prendre conscience du poids du regard des autres et de tout l’environnement qui nous invitent à rester le/la même. Autant de freins au changement que d’ordinaire, par habitude, on ne perçois pas.

Et vous ? Avez-vous connu une expérience similaire ? Avez-vous actuellement le sentiment de devoir vous battre pour contrer le sens de la marée qui vous invite à rester celui/celle que vous êtes encore, le long de la côte ?

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  • 2 Comments

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    1. Alban, 9 octobre 2008:

      Si on donne trop de pouvoir à l’extérieur, c’est à dire aux circonstances, elles finissent par avoir une influence sur nous en effet.

      En réalité il me semble que dans les deux étapes que tu décris, ce sont à chaque fois les conditions extérieures qui ont initié le changement en toi :
      -changement de lieu géographique, de mode de vie, d’entourage —> changement de comportement.

      -puis : retour aux lieu, mode de vie précédent, entourage précédent —> retour du comportement précédent.

      Donc les deux fois le pattern me semble être le même.
      Pour changer vraiment, il est nécessaire de changer aussi son environnement extérieur pour qu’il reflète la personne que tu étais devenue « à l’intérieur ». C’est ce qui demande le plus de courage je pense. Par exemple, ici, ce serait difficile car ça demanderait soit d’affronter le regard ancien de la famille et de prendre le temps de leur faire comprendre par l’explication, la confrontation etc., soit tout simplement de s’éloigner de la famille pour changer ton environnement avec quelque chose qui te correspond plus.

      Enfin c’est comme ça que je le vois..

    2. Boréale, 9 octobre 2008:

      C’est vrai que les mécanismes sont les mêmes.
      Tu parles ici de 3 éléments : lieu géographique, mode de vie, entourage. Tu as raison. Mais je choisissais ici de mettre en exergue l’entourage, l’image de soi projetée par les proches. Pour une raison simple : c’est ce qui m’a le plus frappée à l’époque : j’avais à peine mis un pied dans la maison, je n’avais même pas eu le temps de reprendre l’ancien mode de vie que le décalage m’a sauté aux yeux. Et ce décalage, je le voyais dans les yeux de mes proches, je l’entendais à leur manière de me parler, je le comprenais aux réactions qu’ils anticipaient de ma part.

      De fait, c’est vraiment quand j’ai quitté la maison familiale que je me suis retrouvée.
      Est-ce que j’aurais pu résister à l’époque ? Je ne le crois pas, j’en garde le souvenir d’un courant très puissant qui me balayait littéralement. Sans doute le changement était-il encore trop fragile pour me donner la force d’y résister….

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