(Le courage est le thème de la Croisée des Blogs de ce mois-ci, qui réunit tous les articles édités sur ce thème par les blogueurs de développement personnel.)
Le courage est une valeur positive. On l’admire chez les autres on en veut plus pour soi-même. On pense à telle situation qui nous fait – aujourd’hui encore mais plus pour longtemps – frémir… et on envie ceux qui traversent la peur sans rester immobiles et craintifs à ses pieds.
La culture occidentale aggrave encore les choses : d’Ulysse à Albator, c’est une armée entière de héros qui, tous plus magnifiques, tous plus admirables les uns que les autres se battent dans notre imaginaire. Qu’on suive leur exemple, ou bien au contraire qu’on s’en trouve encore plus intimidé, le courage reste et demeure extrêmement valorisé.
C’est vrai, c’est pas mal le courage. Ca peut servir. C’est appréciable. Sur le moment.
Vous pouvez déverser sur moi des flopées d’anecdotes montrant, prouvant à quel point le courage est utile, nécessaire, indispensable, valorisant enrichissant bénéfique, et je serai d’accord avec vous.
Sauf que.
A trop valoriser le courage on oublie souvent de se demander à quoi il sert. Ce qu’on en attend. Si ce qu’on attend est vraiment ce qu’on en attend. Si ce qu’on en attend nous correspond tant que ça.
Un exemple.
Un jeune ami se morfondait de ne pas oser aborder des filles. Il a peu à peu arrêté de se morfondre, mais n’en a pas abordé plus de filles pour autant.
Jusqu’au jour… où il tombe en arrêt, là devant une terrasse de café, presque déserte, une jeune fille sirote son diabolo citron paisiblement.
Avant même de se demander s’il ne faudrait pas réfléchir il demande à ladite jeune fille s’il peut s’asseoir à sa table.
La jeune fille accepte… et les deux filent le parfait amour depuis des années. Et oui, ces deux-là se correspondent vraiment.
Un second exemple.
Pendant des années, jetant dans un coin mes peurs et mes ressentis méprisés, je me suis battue comme une forcenée pour faire ce que je croyais désirer plus que tout : du design mobilier. Chaque apprentissage de mes études de design (les apprentissages pratiques en particulier, comme la soudure…) ressemblait à un nouveau challenge, et je mettais si haut la notion de challenge qu’à cette seule idée je partais tête baissée à l’abordage. J’avais parfois peur, j’avais souvent pas envie au fond, et je ne voulais rien entendre. J’étais fière de mon courage, obnubilée par l’objectif à atteindre, et parfaitement aveugle.
Si mon jeune ami s’était aveuglé, s’était mis à courir toutes les filles indifféremment, par « obligation » virile, sociale ou que sais-je, il n’aurait probablement pas perçu avec une telle acuité la différence entre cette jeune fille-ci, celle d’avant et celle d’après. Et puisque jouer le séducteur ne lui correspondait pas vraiment, il aurait probablement été un piètre séducteur, un piètre rêveur des rêves des autres.
Si pour ma part je ne m’étais pas aveuglée, si je ne m’étais pas construit des rêves factices étincelants de courage, si je n’avais pas cherché à prouver quelque chose au monde entier admiratif (ma grande force mon grand courage ma grande ténacité etcetc)… si au lieu de celà, j’avais écouté ma voix intérieure, j’aurais été moins vaillante, certes, mais plus heureuse. Je ne me serais pas fourvoyée à apprendre des trucs que je n’ai aucune envie de faire.
Telle approche peut ne pas nous correspondre. Telle activité n’est pas forcément pour nous. Et alors ?
Etre courageux, soit, mais gardons-nous d’être courageux pour être courageux.
Et vous ? Tous comptes faits, avez-vous aussi des histoires de ce genre ?
3 Comments
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Bonjour Boréale,
Il me semble comprendre que lorsque l’on veut être courageux, on se met une contrainte sur soi et surtout, en conséquence, on étouffe sa petite voix d’où un manque de spontanéité et donc d’opportunité à être soi et à bénéficier de synchronicités heureuses !
Le courage dont tu parles est celui qui s’est construit dans ta tête afin de démontrer ou prouver ce que tu pensais être.
Merci de nous dire que c’est une voie sans issue, une voie de garage qui mène au pays des rêves et de la frustration.
En effet, le véritable courage vient essentiellement du coeur qui essaie de mettre en action ce que l’on ressent sur le moment et en fonctions de nos valeurs.
Il n’est pas un acte mûrement réfléchi mais un acte spontané même si l’on réalise plus tard que l’on a peut-être fait une bêtise.
Tous les actes de courage ne sont pas forcément « intelligents » ou « judicieux » mais il est clair que les actes de courages programmés le sont encore moins car en voulant manipulé les autres, nous nous sommes auto-manipulés surtout dans le sens de la castration.
Merci pour ton témoignage afin que les internautes (y compris moi-même) ne tombent pas dans ce courage égotique qui fait que l’on passe à côté de notre vie.
Bonsoir Laurent,
je suis globalement d’accord avec toi, mais pour ma part je ne parlerais pas d’un courage qui serait « véritable » contrairement aux autres.
Là où tu parles de véritable courage, qui « vient essentiellement du coeur qui essaie de mettre en action ce que l’on ressent sur le moment et en fonctions de nos valeurs », je parlerais plutôt de clairvoyance, d’une clairvoyance fondatrice.
En effet, je ne renie pas les courages tels qu’on se les représente habituellement, les courages appliqués à un objet de la vie, mais je pense que sans la clairvoyance fondatrice, si on ne sait pas choisir justement ses directions personnelles (dans les différents domaines), tous les courages du monde sont nuls et non avenus.
A part ça, je pensais bien que ce billet te plairait !
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