
Le stress peut avoir du bon, il en existe de positifs… mais celui qui m’intéresse ici, c’est celui qui pose problème : le stress qui tue – pour de vrai ou pour de faux -, le stress qui inhibe, le stress qui coince nos vies et nous empêche d’avancer, de faire ce qu’on voudrait, ce que parfois on désire tant… le stress qui nous coupe les jambes.
Cet article fait partie de toute une série d’articles traitant du même thème, ici le stress, dans le cadre de la Croisée des Blogs. Vous trouverez sur Stop-Timidité l’article récapitulatif.
Préalable minute : on croit un peu vite qu’une situation stressante appelle forcément une réaction stressante. Commençons donc par nous dégager de cette équation simpliste, et par envisager la POSSIBILITE de réagir autrement. On a plus de choix qu’on ne le croit, et ici comme ailleurs, le fait d’y croire et de se considérer comme libre rend possible cette liberté.
Le Stress qui nous coupe les jambes est un ennemi redoutable, non seulement à cause des effets visibles qu’il induit (blocages de toutes sortes, problèmes médicaux, relations sociales compliquées….), mais aussi et surtout par son mode de fonctionnement même, mode de fonctionnement particulièment alambiqué et terriblement efficace : les assauts « traditionnels », logiques, ne peuvent presque rien contre lui : les coups qu’on lui porte ressemblent le plus souvent à des coups dans l’eau, et peuvent même parfois être contre-productifs…
Le Stress ressemble à un monstrueux mystère intérieur qui nous glisse entre les doigts… Puisqu’il s’alimente souvent de nos assauts mêmes, il faut agir à son égard avec la PLUS EXTREME délicatessssse….
Voyons par le menu quelle peut être la voie de la Délicatesse…
Tout d’abord, 2 constats :
- A priori (au naturel), on a tendance à alimenter nous-mêmes notre stress, sans nous en rendre compte mais par un geste volontaire, en faisant sans cesse le plein des carburants qui entretiennent, nourrissent, consolident cet ennemi qu’on prétend vouloir dissoudre : par toutes nos petites phrases négatives, par notre manière d’aborder un problème de manière passive et/ou pessimiste sur l’issue possible, par nos ressentiments ressassés, nous offrons au monstre intérieur de la matière fraîche, de nouvelles pensées bien stressantes dont il va se nourrir goulûment.
- A contrario, dans bien des cas, chercher à nous dégager du Stress nous stresse encore plus ! Dans ces moments-là où « on n’est plus soi-même », où le Stress nous gouverne, toute action (surtout si elle est, horreur ! , pleine de « bonne volonté ») devient prétexte à irritation supplémentaire, le bon ami et son bon conseil deviennent source d’exaspération supplémentaire, alimentant malgré eux ce monstre qu’ils essaient d’entamer. Toute action trop gentille, trop soucieuse du Stress lui-même, est également vouée à l’échec : dans ces moments-là, le Stress ressemble à un petit enfant qui, voyant que ses cris attirent l’attention de ses parents, s’empresse d’en rajouter une couche…
Bref, le Stress est un hyper-sensible, un grand délicat, et les méthodes les plus courantes sont inopérantes face à lui. Certains d’entre vous synthétiseront en disant que c’est un emmerdeur chiant, compliqué et pervers, et… oui, on peut le dire comme ça !
Quoi qu’il en soit, de la même manière qu’on ne soulage pas un nerf à vif en y touchant directement, on ne calme pas le stress en l’affrontant de face. Alors ? Comment le diminuer le calmer le désamorçer l’amadouer l’apprivoiser, BREF, COMMENT LUI FAIRE LA PEAU ??
Prendre conscience d’abord de toutes ces pensées stressantes que je suscite volontairement dans mon esprit et qui nourrissent la Bête.
Et puis ? Agir ?
Puisque tout ce qui ressemble à une action donne au Stress un peu plus de grain à moudre,
SE GARDER DE TOUTE ACTION.
Visible.
Affichée.
Prendre le Stress à revers.
Prendre exemple sur la manière dont on traite le flot bruyant des pensées intérieures pendant une méditation : quand on médite, et surtout au début, notre esprit est encore submergé de questions parasites, de pensées non désirées sur tel incident du quotidien ou sur tel produit qu’il faut acheter…
Tout ce flot de mots qui bruissent et se chahutent sous notre crâne va à l’encontre du vide auquel on aspire quand on médite, mais ce flot, tout comme le Stress, est insaisissable : ce n’est pas en cherchant à le canaliser à toutes forces, en le niant, en l’enfonçant à 2 mains au plus profond de la matière grise ou en enfonçant les poteaux d’une « infranchissable » barrière dans la matière grise qu’on réussit à le maîtriser.
Au contraire.
En le laissant couler, en reconnaissant sa présence d’un regard pour ensuite revenir vers ce vide que l’on vise : voilà la meilleure méthode pour le tarir.
Pas tout à fait de l’indifférence, mais presque.
Une action insensible, rien ne dépasse, rien ne peut donner matière à causer.
Appliquons cette méthode au Stress :
Le regarder sans fixer son regard, sans fixer son attention.
Le laisser couler, lui laisser libre cours, ne rien faire pour l’entraver.
Une action insensible, rien ne dépasse, rien ne peut donner matière à se tendre.
Certains d’entre vous me feront remarquer que c’est bien joli et très souhaitable, mais très difficile, car cela suppose une forme de dédoublement de soi (le « je » hyper-stressé d’un côté – le « je » qui observe de loin de l’autre) qu’il est justement difficile d’atteindre lorsqu’on est stressé.
En effet, il y a dédoublement, mais dédoublement soft à partir du moment où le « je » observateur NE S’OPPOSE PAS au Stress : il est NEUTRE, fondamentalement neutre vis-à-vis du Stress, et seule cette neutralité permet de rendre cette dissociation (ce recul) possible.
Autrement dit, il ne faut vraiment RIEN faire pour essayer d’entraver le Stress, et attendre qu’il se résorbe de lui-même : on agit de biais, en lui coupant les vivres :
- en prenant la responsabilité, volontaire, de refuser de créer plus encore de pensées négatives et stressantes
- en choisissant la neutralité à son égard, neutralité qui le désoriente, le désamorçe et le réduit en poudre, comme un gros alien à canines saillantes qui se ratatine sur lui-même et ne laisse derrière lui qu’une enveloppe sans vie.
Et toc.
6 Comments
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Bien vu, Deleuze, hypnose et taoisme se rejoignent imperceptiblement vers la voie du non (re)faire.
Je dois dire que ton article m’a impressionné : il est vraiment complet et excellent.
De plus, il est agréable à lire ce qui ne gâche rien
Merci
Merci Guillaume !
Le compliment est d’autant plus encourageant qu’il est inattendu !
@ tal :
Aller voir Deleuze de plus près, ça c’est une bonne idée…
Deleuze s’est donné la mort, ce qui n’enlève rien à ses réflexions.
Absolument d’accord sur « l’autoalimentation » du stress, merci pour les conseils !
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