Sommeil polyphasique : l’expérience d’Adrien.

Posted on mai 18, 2009 by Boréale in Retours d'expérience, Sommeil polyphasique | 2 Comments

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.(Cet article est le 1er article invité de La Fabrique des Idées ! :-) Adrien s’est en effet lancé dans le sommeil polyphasique il y a un mois, et je l’ai invité à nous décrire son expérience. Il en profite pour donner ici de nombreux conseils à ceux d’entre vous qui voudraient se lancer.
Pour suivre l’expérience en ‘live différé’, ça se passait ici, dans les commentaires.)

Ceci est un récapitulatif d’une expérience qui a duré plus d’un mois, dans le but de passer d’un sommeil monophasique à un sommeil polyphasique. Au bout d’un mois et près d’une semaine, je choisi de faire une pause et de différer mon adaptation, étant dans un environnement stressant et ne pouvant me permettre d’être fatigué.

Tout d’abord je tiens à préciser que malgré mon échec, j’ai encore l’idée que le sommeil polyphasique peut marcher, et Boréale – qu’au passage je remercie pour ses conseils et son soutien prodigué tout au long de l’expérience – en est la preuve vivante.

Parfois, les échecs apprennent plus que les réussites, j’essaye donc ci-dessous de me donner des conseils pour cet été, moment où je vais réessayer le sommeil polyphasique. Ces conseils vous seront forcément utiles si vous envisagez de devenir un dormeur polyphasique.

Cependant, il est bien nécessaire avant de se lancer de se demander si l’on est fait pour le sommeil polyphasique. J’avais prévu de le faire avec un ami et nous avions prévu de faire la méthode dure (2h par tanche de 20min).  Mais, ayant 19 ans, nous avons reculé devant le danger des « hormones de croissance » (certains pensent que le sommeil polyphasique pourrait faire diminuer la production d’hormones de croissance (produites pendant le sommeil profond), ce qui est sans risque pour l’adulte mais déconseillé pour l’enfant et l’adolescent). Il a abandonné, et j’ai décidé de tenter la méthode douce (par principe de précaution).
D’autre part, lorsque vous serez en sommeil polyphasique, vous aurez beaucoup de temps et beaucoup de temps seul avec vous-même. Il faut donc que vous ayez quoi faire. C’est pourquoi je pense qu’il est déconseillé de se lancer dans le sommeil polyphasique pour quelqu’un qui s’ennuie dans la vie ou quelqu’un à tendances dépressives.

Vous êtes partant pour cette aventure ? Lancez-vous !

Tout d’abord le sommeil polyphasique demande une grande préparation :

  • il est nécessaire de se documenter en lisant les expériences déjà pratiquées
  • il faut se choisir un schéma de sommeil. Je vous conseille vivement si vous vous lancez dans Everyman de faire votre sieste principal au début de la nuit. En effet ma tentative avec sieste principale de 3h à 6h du matin était propice aux dépassements et gênait le sommeil de la sieste de midi.
  • il est préférable de se dégager deux semaines pendant lesquelles on pourra ne pas être très frais, et pendant lesquelles on suivra très attentivement son schéma.
  • Il faut comprendre pourquoi l’on veut faire un sommeil polyphasique, car lorsque vous vous lèverez vers 3h du matin, votre cerveau va vous trouver mille et uns prétextes pour vous rendormir. Il faudra alors un grand effort de volonté pour rester debout.
  • Préparez une liste d’activités à faire pendant l’adaptation (elles ne doivent pas demander trop d’attention, mais ne doivent pas bercer non plus). Je conseille particulièrement de lire des illustrés (livres d’images, bande dessinés, recueil de caricatures, etc..), de faire la cuisine, de ranger ou de regarder des films (surtout comiques).
  • Il est préférable de ne pas faire ça seul : lancez-vous avec un ami, ou alors, comme moi, parlez-en à quelqu’un qui est déjà adapté. En parler vous motivera à ne pas outrepasser votre schéma, et vous permettra d’analyser votre évolution.
  • Essayez à l’avance de déterminer la durée de vos cycles de sommeil, cela pourra vous être très utile pour rajouter/retrancher quelques minutes à la sieste principale. Par exemple, mes cycles sont de 1h35 donc je dormais 3h10 et non pas 3h. Pour les déterminer, essayer de déterminer l’heure à laquelle vous vous endormez et celle à laquelle vous levez naturellement. Trouvez un diviseur de la différence proche de 1h30. (Exemple : vous pensez vous être endormi vers 0h15 et vous être levé à 8h10 : 8h10-0h15=7h55=5*1h35. La durée de votre cycle est 1h35.) Pour plus de précision répétez plusieurs fois l’opération.

Commençons par le commencement : les tous premiers jours.

  • Personnellement j’ai commencé en étant déjà crevé (grosse fête). Ça a l’avantage de permettre de s’endormir facilement mais rétrospectivement je ne suis pas sûr que cela soit une excellente idée. Le mieux est de faire comme Boréale : mettre le corps sous pressions pendant 3 jours en suivant le schéma Uberman afin qu’il apprenne (dans l’urgence) à faire des siestes, et ensuite commencer le schéma que l’on a choisi.
  • Personnellement, je m’étais dégagé deux semaines de quasi inactivité (des vacances scolaires). En fait, ce n’est pas vraiment une bonne idée. L’idéal est d’avoir 3-4 jours d’inactivité et ensuite de se remettre à une rythme de vie normal (ou un peu ralenti). En effet, lorsqu’on est inactif, on ne se fatigue pas assez pour bien dormir aux siestes, et plus encore, il n’y a pas de raisons de se lever (on a donc plus tendance à rester somnoler 10min de plus).
  • Une chose CRUCIALE : une fois que vous avez choisi un schéma, ne faîtes pas mon erreur, N’en changez PAS. Ça va troubler votre corps et ralentir, voir compromettre l’adaptation. Étudiez bien le schéma que vous voulez adopter à l’avance et tenez-vous y le temps d’être adapté (au moins un mois).
  • Soyez assez stricts : évitez les dépassements lors des siestes, ou au pire organisez-vous une petite sieste supplémentaire de temps en temps pour éviter les siestes involontaires. Tout excès  de sommeil ralenti l’adaptation et fait rentrer dans un cercle vicieux : on n’est plus assez fatigué pour dormir à la sieste suivante, donc on est ensuite plus fatigué, etc…

Dans votre période d’adaptation, vous serez face à trois grands ennemis : la difficulté à s’endormir (celui qui a eu raison de moi), la difficulté à se réveiller et la contrainte sociale.

Premièrement, s’endormir.

Je n’avais jamais pensé que j’aurais ce problème avec le sommeil polyphasique. Pourtant, j’ai toujours eu cette difficulté (naturellement il me faut 30min-1h, même crevé, alors les siestes de 20min sont dures). Voici quelques techniques :

  • Lire une livre pas trop captivant et écris petit pendant les 10min qui précèdent votre sieste.
  • Trouver une position confortable (où vous n’avez ni mal au dos ni mal au cou)
  • Faire du sport dans la journée.
  • Éviter de manger (surtout des choses lourdes , sucrées ou excitante avant de dormir)
  • Avoir un masque pour se cacher les yeux le jour (la trop grande luminosité perturbe le sommeil, même dans une pièce plongée dans la pénombre).
  • Si vous ne dormez pas chez vous, emmenez votre masque, un petit oreiller et un casque, ou des bouchons d’oreille pour vous isoler du bruit.
  • Rappelons-le, la meilleure façon de ne pas avoir tous ces problèmes est peut-être de faire quelques jours d’Uberman avant de commencer son schéma.
  • Passez vous un bruit blanc
  • Lancez-vous dans l’auto-hypnose, une petite séance de 15min peut vous détendre énormément. En cherchant bien, vous pouvez trouver des enregistrements d’auto-hypnose sur le net (une voix qui parle et vous répétez dans votre tête). Ça a l’air farfelu mais ça marche !
  • Plus farfelu encore, mais très très efficace, les battements binauraux. Le principe est d’envoyer deux sons de fréquences proches dans vos oreilles et de créer ainsi un battement dont la fréquence « imitera » celle du cerveau dans certains états. Cela permet d’augmenter sa concentration, de se relaxer ou même de s’endormir.
  • Pour tous les sons à écouter, attention à ne pas les mettre trop fort sinon on se réveille avec la tête grosse comme une citrouille.
  • Beaucoup de conseils pour s’endormir sur wiki how-to fall asleep.

Deuxièmement, un problème récurrent : se réveiller.

Pas facile, à 3h du matin, on n’entend parfois pas le réveil, ou on se rendort machinalement, pire : on ne s’en souvient même pas au réveil ! Comment faire pour éviter cela :

  • Essayez d’avoir plusieurs réveils, si possible qui sonnent toutes les X minutes tant que vous ne les avez pas arrêté
  • Avoir un lecteur MP3/téléphone portable avec des écouteurs placés dans les oreilles. Par exemple pour le lecteur MP3, faîtes vous une piste de lecture avec un bruit blanc puis une alarme. Globalement, on entend mieux un réveil placé dans les oreilles.
    Attention tout de même à ne pas trop forcer au niveau du volume et attention aux ondes nocives des téléphones.
  • Avoir un deuxième réveil placé loin du lit, cela oblige à se lever pour aller l’éteindre. A partir de là, il est plus facile de ne pas se rendormir.

Dernier grand problème : l’adaptation sociale.

En effet, le sommeil polyphasique est peu courant. Si vous voulez avoir une chance de vous adapter, il faut assumer votre choix (j’ai personnellement essayé de le « cacher » la première semaine, cela a entraîné des suppressions et des déplacements de sieste très néfastes). N’hésitez pas à expliquer en détail à votre entourage l’intérêt du sommeil polyphasique. Vous trouverez alors trois catégories : les dégoutés (« moi j’adore dormir ! Et en plus qu’est-ce que je ferais de tout ce temps »), les sceptiques (« tu sera mort à 30 ans ») et les gens intéressés (« si ça marche pour toi, j’essayerai »).
Ce n’est parfois pas facile de se balader avec un petit oreiller et de faire la sieste trois fois par jour, mais cela tient en partie à notre culture. Un ami vivant à Hong Kong m’a affirmé que là-bas il n’était pas rare qu’une partie des gens fasse des siestes.

Autre question que je me suis posé lors de mon adaptation : faut-il faire une révolution alimentaire dans le même temps ?
Il est très clair que manger de la viande demande de dormir plus, et moins bien. Faîtes le test, vous noterez forcément la différence. Cependant, je me demande s’il est judicieux de tout faire en même temps. Rétrospectivement, je pense qu’il est mieux de faire sa révolution alimentaire avant. En effet, il faut un certain temps pour passer d’une alimentation carnée à une alimentation saine. Cela demande un certain nombre d’efforts (varier et équilibrer son alimentation, se renseigner sur les éventuelles carences, trouver des recettes sans viande…) et le corps met probablement un peu de temps à s’adapter. A tout faire en même temps, on ne peut savoir si la fatigue vient de l’adaptation au sommeil ou de l’adaptation alimentaire.

Bien que je n’ai jamais été vraiment pleinement adapté, j’ai ressenti certains des avantages du sommeil polyphasique. Tout d’abord, à cause de mon échec à l’adaptation, j’étais fatigué physiquement, mais tout de même plus dispo sur le plan mental (grâce aux siestes à mon avis). Mieux : on ressent une impression de grande quiétude. Moi qui suis plutôt dans une période de stress, je me sentais détendu car pour la première fois, je me disais « j’ai le temps ».
Une autre chose merveilleuse est le fait de vivre la nuit, quand tout est calme, rien ne vous dérange, rien ne vous stresse. C’est très particulier et très agréable.

Cependant j’ai échoué. Il est temps d’analyser pourquoi. D’abord tous les conseils que je donne ci-dessus sont là pour éviter que l’on reproduise les même erreurs que moi. Et des erreurs j’en ai accumulé : j’ai changé de schéma au bout de quatre jours, je n’ai quasiment jamais dormis aux siestes, j’ai eu du mal à assumer au début, j’ai fais des dépassements, j’ai loupé des siestes, etc…
Résultat, au bout d’un mois il devenait clair qu’il fallait arrêter et reprendre plus tard de façon saine. Cette constatation a quand même pris plusieurs jours pour la bonne raison que je me refusait à perdre tous les avantages mentionnés ci-dessus. Petit à petit, j’ai cédé du terrain : dépassements, puis passage à 4h30 et maintenant à 6h20… Pour mieux rebondir cet été !

Pour conclure, je dirais que le sommeil polyphasique peut marcher pour quelqu’un de motivé qui s’y prend bien. Et ça vaut fichtrement le coup ! A priori, le pire qui puisse vous arriver est d’abandonner et d’être fatigué quelques jours, cependant je décline toute responsabilité compte tenu des incertitudes scientifiques (quel effet sur les hormones de croissances ? Quelle effet à très long terme ? Quelle effet sur l’immunologie ?).

L’aventure vaut d’être vécue, et si elle ne permet pas de vous transformer, elle permettra à coup sûr d’en apprendre beaucoup sur vous-même.

P.S. : Je tiens encore à remercier Boréale, une interlocutrice attentionnée qui m’a prodiguée ses conseils pendant plus d’un mois (et que j’ai parfois eu le tort de ne pas écouter). C’est grâce à elle que j’ai pu tenir autant de temps, et que j’ai pu développer autant cette réflexion.

2 Comments

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  1. florian, 3 août 2009:

    bonsoir,

    tu recommences bientôt ou tu as laissé tomber ?

  2. adrien, 21 août 2009:

    Bonjour,

    Pour l’instant, je n’ai pas recommencé.
    Je n’en ai pas eu le courage avant l’été, je voulais le faire début aout, mais j’ai été contrarié par un petit soucis de santé.

    Je ne sais pas si je trouverai bientôt le temps.

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