Dénouer les blocages (The Now Habit, 5)

Posted on juin 25, 2009 by Boréale in Changer, Mieux travailler, lectures | 5 Comments

bouquin-procrastinationNeil Fiore définit la procrastination comme une addiction : un schéma sans cesse répété qui permet de calmer la peur, de diminuer la tension. Comme toute addiction, il est difficile de s’en débarrasser mais ça n’a rien d’impossible, à partir du moment où des alternatives sont proposées au problème posé : il faut trouver des moyens de diminuer la tension autrement.

Neil Fiore nous propose ici 3 types d’outils alternatifs :

  • Contre la peur d’être débordé : la pensée tri-dimensionnelle et le calendrier inversé ;
  • Contre la peur de l’échec et la hantise de l’imperfection : l’inquiétude utile ;
  • Contre la peur de finir : le commencement permanent.

Au-delà de ces propositions, il nous met en garde contre 6 pensées négatives à relever en cours de projet, dans le but d’anticiper les blocages et de construire à chaque fois une alternative.

voici dans le détail tout ce que cela recouvre.

La pensée tri-dimensionnelle et le calendrier inversé.

Se sentir dépassé par une tache ou un projet de grande ampleur, c’est une forme de terreur physique et psychologique. On peut en arriver à être totalement bloqué, immobilisé physiquement. Au tout début d’un gros projet ou d’une tâche conséquente, on ressent un pic d’excitation, de stress ou d’anxiété : en fait on s’imagine d’un seul coup à plusieurs étapes du projet, par l’imagination on est partout à la fois… et on n’y arrive pas. On se trouve alors devant le projet comme au pied d’un gratte-ciel, le nez contre la paroi, avec une vue en perspective écrasante du gratte-ciel et l’idée qu’il faudrait déjà être au 100ème étage.

C’est une vision bi-dimensionnelle du projet, qui écrase toutes les étapes en une seule. Le corps et l’esprit répondent à cette vision par un regain d’énergie dans l’idée de travailler sur toutes les étapes du projet… en même temps ! Résultat : l’impression d’être débordé.

Ce stress en début de projet est normal, mais pour ne pas l’interpréter comme le signe qu’on ne serait pas à la hauteur, il est important d’éviter les 3 écueils suivants :

  • Ne pas se convaincre qu’il n’existe qu’un seul point de départ, qu’une seule manière de commencer, sans quoi c’est foutu. Si le point de départ est conçu comme l’alpha et l’oméga de tout le projet, dont dépendrait toute sa réussite, on se bloque d’entrée de jeu.
  • Ne pas considérer qu’il faudrait être plein de confiance dès le début. Il faut avoir conscience du fait que sa confiance se consolide à chaque étape, et qu’à chaque étape il faudra s’octroyer du temps pour cela, du temps pour apprendre et pour demander de l’aide le cas échéant.
  • Ne pas se mépriser soi-même de n’en être qu’au début ! Les premiers pas sont par nature moins reluisants que le brillant idéal à atteindre. Etre intolérant et sans compassion à son propre égard, au prétexte qu’on n’aurait pas encore atteint cet idéal, n’amène qu’insatisfaction et sentiment d’être submergé.

Le calendrier inversé de Neil Fiore est une manière de donner de l’épaisseur, une 3ème dimension au projet. Il consiste à partir de l’échéance définie en début de projet et de remonter le temps à partir de cette date : si je dois avoir fini le 30 de ce mois mettons, je prévois que le 28 il me faudra en être arrivé à telle étape, et pour cela le 26 il faudra en être arrivé à telle étape, et pour cela….

Il s’agit de couper le projet en petits morceaux, et d’en avoir la maîtrise à partir de la date de l’échéance. C’est un travail d’imagination qui permet de s’imaginer soi-même à chaque étape, et qui donne une perspective réaliste sur le temps que demande chaque étape.

Ce travail permet aussi d’anticiper les erreurs, de prévoir les parties du travail qui nous angoissent le plus, de prévoir d’aller alors demander conseil par exemple…

L’inquiétude utile.

Savoir s’inquiéter est utile. A condition que ça n’entraîne pas une profusion d’idées angoissantes qui montent des menaces imaginaires. Le travail de l’inquiétude consiste à se prévenir d’un danger potentiel… ET à construire un plan d’action. Si l’on ne fait que s’inquiéter sans construire un plan d’action, l’énergie est prise au piège, elle est immobilisée et nous fait mal. C’est ce que fait la procrastination : elle immobilise l’action et entasse les angoisses les unes sur les autres, emprisonnant à chaque niveau un peu plus d’énergie : « Que se passera-t-il si je n’y arrive pas, si je ne prends pas la bonne direction, si je fais une erreur, si je ne suis pas le meilleur, si je ne suis pas parfait… Si je réussis au contraire… »

Rendre l’inquiétude utile consiste à diriger l’énergie de l’inquiétude et de la panique dans des plans d’actions visant à éloigner cette menace. Il s’agit en quelque sorte de se fabriquer un filet de sécurité. Si vous êtes angoissé par un projet, si vous craignez de perdre votre travail, posez-vous ces 6 questions :

  • Ce serait quoi, le Pire ? – Il faut l’exprimer clairement et estimer sa probabilité.
  • Si le Pire se produit, qu’est-ce que je fais ? – Au lieu d’en rester à se dire ‘Ce serait affreux’, il faut répondre à des questions précises : Où pourrais-je obtenir de l’aide ? Comment garderais-je mon sang froid ? Et qu’est-ce que je vais faire ? Et après, qu’est-ce que je vais faire ? Et après ? L’objectif est d’arriver à se dire qu’il n’y a rien de si terrible qui puisse m’arrêter.
  • Si le Pire se produit, qu’est-ce que je fais pour atténuer la douleur ?  – Serais-je prêt à refuser la dépression, à ne pas me laisser aller à l’auto-critique ? Et comment je me remettrais en marche ? Quelles sont les forces qui m’ont été utiles dans ce genre de circonstances dans le passé ?
  • Quelles seraient les alternatives ? – Est-ce que j’ai restreint de moi-même le nombre d’alternatives, en me convainquant que seul un travail parfait était envisageable ? Que faire pour accepter d’envisager de nouvelles alternatives ? Il y a toujours plus d’une manière d’être heureux, et plus d’une manière de réussir. Il y a toujours des alternatives.
  • Comment diminuer la probabilité que cet évènement menaçant se produise ? - Y a-t-il des actions que je n’ai pas cessé de remettre à demain qui pourraient diminuer mon angoisse ? Donner un coup de fil, écrire un courrier… Après avoir considéré le pire et m’être préparé à y faire face, je peux envisager de m’atteler à ces actions susceptibles d’éloigner la menace.
  • Y a-t-il quelque chose que je peux faire maintenant pour augmenter mes chances d’atteindre mon but ?

Ce questionnement consiste à faire face aux angoisses jusque-là plus ou moins clairement exprimées pour arrêter d’y gaspiller son énergie, et pour envisager des alternatives. En construisant petit à petit un filet de sécurité, on atténue l’angoisse.

Le commencement permanent

Après avoir dépassé les blocages du début, vous pouvez être confronté à la peur de finir. Ou au manque d’enthousiasme : commencer quelque chose peut être très excitant, l’approfondir et le mener à terme beaucoup moins.
Neil Fiore relate l’expérience de Laura, très prompte à commencer plein de choses mais ayant beaucoup de mal à aller plus loin. C’est lors d’un marathon, aux trois-quarts de la course alors qu’elle commencait à avoir très mal partout, qu’elle a eu le déclic : « J’ai mal. Ca me fait mal de courir. Ca me fait mal de me tenir simplement debout. Ca me fait mal de marcher, ça me ferait mal de m’allonger. Quoique je fasse, j’ai mal, donc autant courir et en finir aussi vite que possible. »

Pendant le marathon, Laura a identifié sa tendance à abandonner lorsqu’elle s’approche du terme. Cette prise de conscience lui sert maintenant dans sa vie, dans son travail : lorsqu’elle se retrouve face à cette tendance, elle s’en rend compte et se concentre sur le présent en se focalisant entièrement sur l’objectif basique de « faire un pas de plus ».


Apprendre à identifier les blocages.

Tel est bien l’objectif de ces outils. Dépasser la procrastination nécessite de comprendre les mécanismes du problème : les blocages sous-jacents, les phrases négatives, les réflexes négatifs, l’apparition d’une peur à tel moment… pour ensuite pouvoir anticiper ces difficultés et prévoir des alternatives. Voici les affirmations et attitudes négatives très communes :

  • « Avant de commencer, je dois encore me préparer ». - A quel moment cette préparation devient-elle procrastination ? Les perfectionnistes en particulier chercheront à se réassurer sans fin au lieu de se lancer.
  • « A ce rythme je n’aurai jamais fini. » – Se rappeler qu’il est normal de commencer lentement. La confiance et la compétence augmenteront au cours du projet et permettront d’aller plus vite.
  • « J’aurais dû commencer plus tôt. » - Le perfectionniste ne veut voir que le verre à moitié vide… Soyez capable d’apprécier le fait d’avoir commencé ! Soyez attentifs à récompenser chaque pas en avant, aussi petit soit-il.
  • « On va me mettre encore plus de travail sur le dos. » – La peur de réussir peut tenir au fait de craindre de se voir demander plus de choses, plus souvent. Coupez le cordon entre le travail présent et un travail potentiel qui n’est même pas encore là. De toutes façons vous serez plus solide une fois le travail en cours achevé.
  • « Ca ne marche pas. » « J’y arrive pas. » – Quand on sort de sa zone de confort, il est normal de se trouver dans une position inconfortable. Difficultés et pensées négatives ne doivent pas être le signe qu’il faut abandonner, mais plutôt un appel vers plus de créativité, soit en résolvant le problème, soit en le contournant. Un chemin parfait sans aspérités n’existe pas.
  • « J’ai seulement besoin d’un peu plus de temps. » – Tout le monde vous dit que votre travail est très bien, mais vous n’arrivez pas à le lâcher. Vous le voulez parfait, et trouvez même dans votre exigence de quoi alimenter un petit sentiment de supériorité…. Sachez qu’aucun niveau de perfection ne vous mettra à l’abri de la critique et du rejet de certaines personnes. Il vous faudra donc apprendre à faire avec la critique et à mettre votre ego de côté.

Voici donc un ensemble d’outils à mettre en oeuvre pour vous soulager d’une procrastination qui vous pèse. Y arriver d’un seul coup n’est pas possible mais il ne faut pas se décourager : chaque pas dans la bonne direction modifie un peu les mauvaises habitudes. Chaque questionnement participe à l’élaboration de nouveaux réflexes. La procrastination n’est pas une fatalité.

:-)

5 Comments

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  1. Michael, 25 juin 2009:

    Merci pour cette chronique.
    Déjouez ses blocages internes est une vraie quête et un combat quotidien et je pense que ce livre est une réponse intéressante.

    L’incertitude créé l’inquiétude et réveil notre côté hésitant et frileux. Un élément à combattre !

  2. Tibo, 27 juin 2009:

    Merci pour ces résumés très complets de ce livre. Ca m’a permis de comprendre certains points qui me bloquaient avant de m’attaquer complètement à ce livre.

  3. Boréale, 27 juin 2009:

    Super ! :-) Si ça peut faire bouger des neurones c’est génial.

  4. Diane, 5 septembre 2009:

    Merci!!!
    C’est vraiment ce dont j’avais tellement besoin. Je garde ce résumé dans mes favoris et je me procure le livre. Ouff!

  5. Boréale, 5 septembre 2009:

    De rien ! :-)

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