Prendre le temps de vivre (The Now Habit, 4)

Posted on juin 15, 2009 by Boréale in Changer, Mieux travailler, Savoir se détendre, lectures | 7 Comments

bouquin-procrastination_webAprès une période de travail intensif, me voilà de nouveau pour continuer le cours de la lecture de « The now habit » de Neil Fiore, qui nous invite à repenser notre manière de concevoir le travail pour réussir à surmonter la procrastination.

Dans le numéro précédent, Neil Fiore nous invitait à porter notre attention sur notre langage pour réaliser combien nos mots dévoilent une certaine conception du travail, le plus souvent perçu comme une contrainte nécessaire.
Dans le chapitre suivant (« the guilt-free play »), Neil Fiore creuse le même sillon en nous invitant à  repenser nos loisirs pour repenser notre travail.
Le principe est simple : savoir se détendre, savoir faire autre chose que travailler est essentiel pour se débarrasser de la procrastination et pour réussir à travailler efficacement. Et les personnes les plus efficaces dans leur vie et dans leur travail sont aussi, nous assure Neil Fiore à partir de son expérience, celles qui ne privent pas de vivre pleinement dès aujourd’hui, sans remettre la vie à (toujours) plus tard.
Le principe est simple, mais il s’oppose à la conception autoritaire du travail contraint : là aussi, il s’agit de briser les évidences traditionnelles selon lesquelles nous serions paresseux et devrions être menés par la contrainte pour se mettre à travailler.

Neil Fiore part du constat qu’il existe beaucoup de points communs entre drogués du travail, qui travaillent tout le temps (plus ou moins efficacement), et procrastinateurs chroniques. Les uns et les autres :

  • Ont toujours la sensation d’être débordés par un travail sans fin. Ils se doivent d’être toujours sur la brèche et ne peuvent s’autoriser à se reposer et à apprécier la vie.
  • Ont tendance à considérer les êtres humains comme paresseux, et devant être motivés sour la contrainte. Vis-à-vis d’eux-mêmes, ils utilisent le plus souvent un langage négatif, dépréciatif, et emploient des menaces. Les drogués du travail y répondent en étant tout le temps occupés, les procrastinateurs en restant immobilisés par l’anxiété.
  • Perçoivent le travail comme nécessitant privations et sacrifices.

Drogués du travail et procrastinateurs chroniques sont soit en train de travailler, soit se sentent coupables de ne pas être en train de travailler.

Pourtant, constate-t-il, ceux qui sont le plus efficaces dans leur travail sont aussi ceux qui mènent une vie pleine et riche. Il donne l’exemple d’étudiants en thèse qu’il a suivi au début de sa carrière : les étudiants les plus procrastinateurs, qui mettaient des années à finir leur thèse, n’étant jamais très productifs, se sentaient coupables de s’accorder du loisir. Le travail n’en devenait que plus rebutant, et leur repos, entaché de culpabilité, n’était pas de bonne qualité : le détachement du travail n’était jamais complet.
Au contraire, les étudiants les plus efficaces étaient aussi ceux qui ne se privaient pas de mener une riche vie sociale, de faire du sport, etc. Ceux-là n’avaient pas le sentiment que le travail devait les priver de quoi que ce soit, et ne se privaient donc pas de vivre, ici et maintenant, sans attendre la fin de leurs études.

Il s’avère en fait que le fait d’accorder plus de place au loisir, sans culpabilité, permet d’être plus efficace dans le travail. Le paradoxe n’est qu’apparent : donner une place entière au loisir est une manière de se dégager du système de la contrainte, de se sentir plus libre vis-à-vis du travail et permet par conséquent de ne pas accumuler du ressentiment vis-à-vis du travail. Le travail n’étant plus alors considéré comme un emprisonnement  pénible et obligatoire, il devient nettement plus facile de se dégager de la procrastination. Et plutôt que de passer une bonne partie de son temps dans la procrastination, dans des loisirs coupables ou dans un travail peu efficace, on apprend à être soit à plein dans le loisir, soit à plein dans le travail. Bref, dans un cas comme dans l’autre, à être vraiment efficace.

La stratégie de Neil Fiore consiste à développer ce qui nous tire en avant plutôt que ce qui nous pousse malgré nous. Il s’agit par conséquent de s’engager volontairement sur la voie du loisir non coupable, en l’organisant.
Maîtriser son travail suppose de savoir se limiter à des plages horaires de travail courtes, entrecoupées de pauses, et de récompenses.

  • Les pauses doivent être prévues en cours de travail et sur des périodes plus longues : la journée (pas de travail en soirée par exemple), la semaine, l’année en prévoyant des vacances…
  • Les récompenses trop lointaines (ex. : obtenir – peut-être – tel travail dans 4 ans) ne sont pas assez puissantes pour nous influencer au quotidien. Il faut définir des récompenses plus immédiates (voir des amis, faire une balade, manger une glace…), plus immédiates et plus tangibles.

L’objectif est d’être naturellement enclin, grâce à cette organisation, à se mettre chaque jour au travail.

Neil Fiore illustre son propos par l’exemple de Jeff, jeune chercheur qui se répétait, depuis la fin de ses études quelques années plus tôt, qu’il faudrait qu’il écrive, qu’il publie, mais qui n’arrivait à rien. Il en était frustré, et déprimé.
Il va consulter Neil Fiore, qui lui dit : « Prenez du champ loin de cette obsession, et faîtes quelque chose que vous avez vraiment envie de faire : quelque chose que vous avez voulu faire depuis longtemps. »
Après réflexion, Jeff décide de faire du théâtre. Il rejoint un groupe et se trouve assigné un rôle assez conséquent : le voilà engagé dans cette nouvelle activité une vingtaine d’heures par semaine… ce qui signifie aussi que pendant les 2 mois suivants, pendant lesquels il a vécu à ce rythme, il n’a pas eu le temps de se pencher sur sa vie professionnelle, et moins encore de laisser les pensées coupables l’envahir.
Jeff trouva beaucoup de bonheur dans cette expérience. Etre profondément impliqué dans cette pièce de théâtre était comme prendre des vacances, des vacances dont il avait toujours rêvé.

A l’issue de cette expérience, le Jeff frustré et déprimé réalise :

  • qu’il est capable de s’engager à fond,
  • qu’il est capable de dégager le temps qu’il faut pour cela. Et qu’il peut donc trouver le temps d’écrire.

Là encore, le point essentiel est de changer de logiciel : le temps passé par Jeff  sur ce travail d’écriture ne doit plus être conçu comme devant prendre toute la place dans sa vie, mais comme ayant sa place, à côté d’autres activités.
De même, nous accepterons sans rechigner de nous mettre au travail si nous savons qu’après le temps du travail il y a le temps du loisir. Sans culpabilité.

(la suite au prochain numéro ! ;-) )

7 Comments

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  1. Mogore, 18 janvier 2010:

    Il s’agit de mieux se reposer pour mieux travailler (pour avoir une formule choc).

    C’est difficile de changer les mauvaises habitudes, merci pour ce compte-rendu et résumé…et surtout merci de dévoiler les pistes qui aident à avancer.

    J’hésite à acheter le livre du coup (peut-être d’occasion ?) car il me ferait trop procastiner au lieu d’agir ;-) !

  2. Boréale, 18 janvier 2010:

    C’est bien le problème ! :-)
    Je te conseillerais de t’en tenir pour l’instant au résumé, et d’agir !
    pour ma part, après beaucoup de lectures sur la productivité, en fin de compte, je n’ai finalement pas tellement l’impression d’être tellement plus avancée… :-/
    Quelques trucs de ci de là à garder… :-/

  3. marie, 11 avril 2010:

    c’est une bonne idee la formule que je nomme sandwich travail puis repos puis travail .

    pour la detente ce qui m’a fait plaisir et aussi j’ai obtenu de bon resultats sur l’efficacite de mon travail double emploi et gestion familiale c’est la pratique du QI khong . 20 mns par jour .
    avez vous d’autres experiences similaires ?

  4. Boréale, 11 avril 2010:

    Il se trouve que je suis moi aussi une fan de qi gong !! :-)

  5. marie, 13 avril 2010:

    enfin quelquun qui partage cette passion .
    depuis combien de temps ?
    est ce que toi aussi tu as remarque une meilleure productivite? et meilleur moral .

  6. Boréale, 13 avril 2010:

    Tu peux trouver ici tout ce que j’ai pu écrire sur le qi gong :
    http://www.lafabriquedesidees.com/tag/qi-gong/.
    Ca fait entre 1 an et demie et 2 ans que je l’ai découvert ! :-)
    Pour ma part, je trouve que le qi gong me calme (je suis plutôt du genre speed hyperactive…). Question productivité, je ne peux pas dire.

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  1. Rétrolien: www.fuzz.fr on 15 juin 2009

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